L'épopée du Kon Tiki à la lumière des satellites

Image du mois - août 2005

Moyenne des courants sur 10 jours (haut), issus de l'altimétrie et de données de vent de diffusiomètres, et température de surface (bas) en septembre 1998 avec le trajet effectué par le Kon Tiki en 1947. Des fronts turbulents sont clairement visibles sur la carte de température de surface. (TIV : tropical instability vortices ; SEC : South Equatorial Current ; NECC : North Equatorial Counter-Current ; EUC : Equatorial Under-Current) (Credits Noaa / projet Oscar)

En avril 1947, Thor Heyerdhal entreprit de traverser le Pacifique sur un radeau de roseau, le Kon Tiki, afin de prouver la possibilité de contacts anciens entre l'Amérique du Sud et la Polynésie. Si les satellites altimétriques (ou autres, d'ailleurs) n'existaient pas à l'époque, il est toutefois possible de les utiliser aujourd'hui pour comprendre le trajet effectué par le Kon Tiki.
La traversée fut (relativement) rapide : à peine plus de 3 mois pour parcourir les 7 700 km qui séparent le Pérou des Tuamotu. T. Heyerdhal note que jamais le radeau ne fit route en sens inverse, vers l'Amérique du Sud, et que la vitesse moyenne fut de 42,5 milles nautiques par jour (soit quelques 75 km/j), sous l'effet des Alizés. De ce fait, si l'année 1947 (comme 1948) avait été une année El Niño, le Kon Tiki n'aurait sans doute pas réussi la traversée, car les vents auraient pu être trop faibles, voire contraires.
Durant sa traversée, le radeau fut à plusieur reprises dévié vers le Sud ; les mesures faites à bord montraient alors une eau plus froide. Si l'on regarde cette zone avec les satellites, on observe la présence quasi-systématique de turbulences provoqués par la rencontre entre une langue d'eau froide à l'équateur et le courant Sud-équatorial, qui engendrent des courants froids vers le Sud (au sud de l'équateur). Ce sont probablement ces ondes d'instabilité tropicales qu'ont remarqué les navigateurs du Kon Tiki.

L'altimétrie, couplée à d'autres mesures de l'océan, a fait progresser notre connaissance de l'océan ces 15 dernières années. On connaît bien mieux les courants qu'en 1947, et leurs variations sont aujourd'hui prévisibles. Des modèles -- de courants, d'El Niño... -- ont été développés, en s'appuyant sur ces connaissances, qui permettraient maintenant aux navigateurs de choisir leur parcours et le moment le plus propice à une telle traversée.

Voir aussi :

Quelques sites sur ce thème :

Références

  • Legeckis R., C.W. Brown, F. Bonjean and E.S. Johnson, 2004. Satellites reveal the influence of equatorial currents and tropical instability waves on the drift of the Kon-Tiki in the Pacific, Oceanography I, Vol.17, No.4, Dec. 2004.
  • Legeckis, Richard; Brown, Christopher W.; Bonjean, Fabrice; Johnson, Eric S., 2004. The influence of tropical instability waves on phytoplankton blooms in the wake of the Marquesas Islands during 1998 and on the currents observed during the drift of the Kon-Tiki in 1947, Geophys. Res. Lett., Vol. 31, No. 23, L2330710.1029/2004GL021637