Si ce n'est El Niño, c'est donc son frère

Image du mois - novembre 2009

Cartes d'anomalies de hauteur de mer mesurées par altimétrie en octobre 1997, 2004 et 2009, et diagramme longitude-temps sur l'équateur pour chacune de ces années. En 2004, on voit bien que le phénomène, de faible ampleur, n'atteint pas les 90°W (côtes de l'Amérique du Sud). Il semble que la situation en 2009 soit de ce type.
 


On dit généralement qu'El Niño entraîne un déplacement des eaux chaudes du Pacifique tropical ouest ("Warm Pool") vers les côtes d'Equateur et du Pérou. Il mène donc à un basculement d'ouest en est du contenu thermique de l'océan, modifiant les échanges de chaleur entre océan et l'atmosphère et perturbant ainsi le climat de l'ensemble de la planète.

Alors que l'on pensait qu'El Niño se manifestait essentiellement par ce mouvement, il a été découvert récemment qu'il se manifeste aussi sous la forme d'un réchauffement localisé de la réserve d'eau chaude dans sa partie orientale. Ce type d'El Niño nommé Warm Pool El Niño ou encore El Niño Modoki (Modoki signifie en japonais 'identique, mais différent'), bien que de plus faible amplitude se distingue de son cousin par son impact spécifique sur la circulation atmosphérique globale. Il provoque en particulier des sécheresses sévères sur l'Australie et en Inde en perturbant la Mousson. L'analyse de onze modèles du GIEC (Groupe d'Expert Intergouvernemental du Climat) montre que le réchauffement climatique conduirait à des événements El Niño de type Modoki plus fréquents.

Sur les dernières décennies, les observations indiquent que le rapport entre le nombre d'El Niño Modoki et d'El Niño "classiques" a augmenté significativement. Le phénomène observé en 2004 était un "El Niño Modoki". L'année 2009 dans le Pacifique tropical est justement caractérisée par des anomalies climatiques qui s'apparentent également à ce nouveau visage d'El Niño. L'observation du Pacifique tropical par altimétrie, mais aussi par différents types de capteurs, réseau in situ ou satellites, et sa prévision par des modèles comme Mercator Océan devrait permettre de mieux comprendre ce phénomène et prévoir ses conséquences, pour tenter de les anticiper.

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Références:

  • Yeh S.-W., S.-J. Kug, B. Dewitte, M.-H. Kwon, B. P. Kirtman and F.-F. Jin, 2009: El Niño in a changing climate, Nature, 461, 511-514.