Lac Tchad

Le lac Tchad, autrefois l'un des plus grands de la planète a vu son niveau baisser depuis les années 60. Aujourd'hui, il n'occupe plus que le dixième de sa surface maximale. Sa surface étendue, dans un contexte topographique peu contrasté, en fait une cible de choix pour les satellites altimétriques. Cette technique spatiale, optimisée pour mesurer le niveau des océans au début des années 90, s'adapte très favorablement à l'étude des variations  de niveau d'un tel lac.

Le lac Tchad vu par satellite optique en 1972 (à gauche) et
en 2001 (à droite). Credits UNEP/GRID-Sioux Falls.

Situé au cœur du continent africain, en milieu aride sahélien, dans une dépression peu profonde, le lac Tchad apparaît comme une grande oasis d'eau douce abritant des écosystèmes très riches. Bordé par quatre pays (Tchad, Niger, Nigéria, Cameroun), et tributaire des apports des grands fleuves qui l'alimentent (le Chari à 85% et le Komadugu-Yobé), il représente aussi un enjeu économique et géopolitique important.

La très forte variabilité pluviométrique de cette région influence directement et sévèrement les fluctuations naturelles du lac. La dure sécheresse sahélienne des années 1970-1980 marqua le début d'une récession de sa superficie. Ce n'est pas une première, les fluctuations historiques du lac Tchad ont oscillé entre un "Méga-lac" Tchad (il y a 6 000 ans puis au XIème et XIIème siècle) où il couvrait jusqu'à 340 000 km² et un "Petit Tchad" de 1 500 à 14 000 km² au début du XXème siècle et depuis 1973.

Les fluctuations saisonnières du lac Tchad sont aussi bien marquées et dépendent en grande partie de son tributaire principal, le Chari, fleuve d'à peine 1 000 km de long qui prend sa source dans une région sub-humide de République Centrafricaine. La saison des pluies en mai-juin, en amont du bassin de drainage conditionne le remplissage du lac d'octobre à janvier. La saison sèche provoque une forte évaporation (95% des pertes dans le bilan hydrologique du lac) qui marque le minimum du niveau du lac en juillet-août. Ainsi, les rythmes naturels du lac sont très changeants et pour quelques dizaines de centimètres d'écart de pluies cumulées, en raison de la faible profondeur du bassin, ce sont plusieurs dizaines de milliers d'hectares qui sont couverts ou découverts. Lorsque les conditions de sécheresse prévalent, la configuration du bassin se modifie pour voir le lac se diviser en deux ou trois parties : la cuvette nord du lac Tchad est la première à voir sa salinité augmenter puis à s'assécher, la cuvette méridionale, située en climat moins aride et bénéficiant des apports directs du Chari, connaît des fluctuations plus faibles. Les zones marécageuses ou asséchées se végétalisent, ou se fertilisent d'alluvions.

Cette situation provoque des effets contrastées sur l'économie locale. Les rives du lac sont habitées par une population cosmopolite, venue trouver ici un refuge climatique face à la progression du Sahara. La baisse du niveau de l'eau pénalise les pratiques de pêche (diminution de la ressource, modification des espèces, enchevêtrement des embarcations dans la végétation) mais favorise le développement de cultures et de pâturages sur les riches terres alluviales. Sur le bassin de drainage, les prélèvements de l'eau liés à ces nouvelles pratiques agricoles sont difficiles à quantifier. L'irrigation, l'aménagement de barrages sur les fleuves, ne semblent pas avoir de conséquences importantes sur le bilan hydrologique du lac, sauf en cas de sécheresse. Pour pallier à cette situation incertaine de l'avenir du lac Tchad, un grand projet (controversé) est à l'étude : un long canal artificiel alimenterait en eau le lac depuis l'Oubangui, rivière du bassin du Congo.

Niveau du Lac Tchad mesuré par altimétrie. Crédits Legos/Cnes/Hydroweb

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